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Canada : L'Eurofighter Typhoon se retire de la compétition

Canada : L'Eurofighter Typhoon se retire de la compétition

© Eurofighter / Geoffrey Lee - Deux Eurofighter Typhoon de la Force aérienne autrichienne.

© Eurofighter / Geoffrey Lee - Deux Eurofighter Typhoon de la Force aérienne autrichienne.

Après l'avionneur français Dassault Aviation avec son Rafale F3-R, c'est au tour de l'avionneur européen Airbus Defence and Space et du Ministère britannique de la Défense (pays chargé de vendre l'avion sur cet appel d'offres) de jeter l'éponge et de retirer l'Eurofighter Typhoon de la compétition Projet de capacité future en matière de chasseurs du Canada (PCFAC). L'annonce a été faite le 30 août 2019 avec la publication d'un communiqué conjoint entre l'industriel et Londres où ils expliquent que cette « décision est le résultat d'un examen approfondi de l’appel d’offres, lancé par le gouvernement canadien le 23 juillet 2019 ».

Le communiqué précise que deux considérations ont poussé l'équipe Typhoon Canada à ne pas poursuivre cette compétition. La première vient du fait « que les exigences de sécurité du NORAD continuaient d’imposer un coût trop important aux plateformes dont les chaînes de production et d’entretien sont situées à l’extérieur de la communauté “2-EYES” États-Unis - Canada ». La seconde raison trouve sa source dans les compensations. En effet, « les importantes révisions récemment apportées aux exigences de retombées industrielles et technologiques (RIT) ne valorisaient pas suffisamment les engagements fermes compris dans l’offre de Typhoon Canada, alors qu’il s’agissait d’un point majeur », détaille le communiqué.

La question sécuritaire, qui a ici poussé le Typhoon vers la sortie, a aussi été un élément qui a rendu la proposition du GIE Rafale International (Dassault Aviation, Safran et Thales) caduque. Lors de l'annonce de la décision française, en novembre 2018, Thierry Carlier, directeur du développement international à la Direction générale de l'armement (DGA), avait déclaré « qu’un certain nombre de conditions n’étaient pas remplies pour que ça représente un intérêt ».

Plus tard, le Président directeur général (PDG) de Dassault Aviation, Eric Trappier, avait affirmé lors d'une audition en mai 2019 à l'Assemblée Nationale : « il est impossible de vendre le Rafale aux pays membres du réseau Five Eyes, non pas parce qu’il n’est pas interopérable – il l’est tout autant que d’autres et en a fait la preuve – mais parce que ce réseau s’est fixé des règles qu’ils refusent de nous communiquer et qui visent à ce que ses membres travaillent ensemble. S’ajoute au Canada la question du commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, le NORAD. Nous avons donc posé des questions avant de prendre position. In fine, la position de Dassault a été prise par la France qui, en consultation avec l’entreprise, a estimé que compte tenu de cette contrainte, nous ne pourrions pas nous engager ».

« Si les Canadiens tiennent vraiment à acheter un avion de combat autre que le F-35 ou tout autre avion américain, abandonneront-ils le programme F-35 ? Or il a été confirmé à plusieurs reprises qu’ils restaient impliqués dans ce programme. En d’autres termes, ils ont payé une partie de ce que leur demandaient les Américains, en contrepartie de quoi ils bénéficient de quelques emplois et de contrats passés entre Lockheed et des sociétés canadiennes », a-t-il également ajouté.

« En somme, je pense que le Canada achètera un avion américain – au pire le F-35, au mieux le F-18, ou inversement. Pourquoi dès lors perdre du temps, de l’argent et de l’énergie, l’État devant lui aussi être largement mobilisé, si les règles du jeu sont pipées ? Vous connaissez mon principe, qui vaut pour la Belgique comme pour le Canada : lorsqu’un appel d’offres est publié, le pays concerné sait déjà ce qu’il veut et la rédaction de l’appel d’offres fait immédiatement apparaître le candidat avantagé », a-t-il conclu.

Pour rappel, en décembre 2017, l'Aviation royale canadienne (ARC) a officiellement annoncé le processus d'acquisition « ouvert et transparent » d'un nouvel avion de combat afin de remplacer son actuel parc aérien composé de 85 vieillissants CF-188A et CF-188B Hornet, ainsi que la commande de 18 Hornet d'occasions auprès de l'Australie.

Cette annonce a été suivie, deux mois plus tard, en février 2018, par la publication d'une requête pour informations (Request for Information, RFI) envoyée à tous les avionneurs potentiels qui souhaitaient participer à ce marché : le consortium Eurofighter avec le Typhoon (ici vendu par le Royaume-Uni), Boeing avec le F/A-18E/F Super Hornet, Lockheed Martin avec le F-35A Lightning II, Saab avec le Gripen JAS-39E/F et Dassault Aviation avec le Rafale F3-R. A ce jour donc, il ne reste que deux compétiteurs américains (Lockheed Martin et Boeing) et un européen (Saab) dans la course.

lors de l'annonce officielle en décembre 2017, Ottawa indiquait que « dans un premier temps, le gouvernement dressera une liste de fournisseurs, qui comprendra des gouvernements étrangers et des fabricants de chasseurs ayant montré qu’ils sont capables de répondre aux besoins du Canada ». Il s'agit d'un « processus concurrentiel » qui permettra au Canada « d'obtenir le bon chasseur à un juste prix et de créer des retombées économiques optimales pour les Canadiens ».

Dans ce contexte là, « les fabricants et les industries canadiennes de l’aérospatiale et de la défense [seront] consultés au cours du processus », tandis que « l’évaluation des propositions comprendra aussi un volet sur l’incidence des soumissionnaires sur les intérêts économiques du Canada ». Si l'un des potentiels vainqueurs ne se montre pas apte à répondre à ces critères, il est affirmé que « ce soumissionnaire sera nettement désavantagé ».

Par ailleurs, pour sélectionner le prochain avion de combat canadien, les autorités effectueront « une évaluation rigoureuse qui portera sur le coût, les exigences techniques ainsi que les retombées économiques ». Le Canada justifie cet appel d'offres « car il permettra d’assurer la sécurité des Canadiens et de remplir les obligations internationales du Canada en matière de défense ». Les clients ont aussi l'obligation « d'investir au Canada une somme égale à la valeur du contrat ».

Chronologiquement, en février 2018, la requête pour informations (Request for Information, RFI) est envoyée à tous les avionneurs potentiels qui souhaitent participer à ce marché. Dans le courant du début de l'année 2019, c'est la demande de proposition (Request For Proposal, RFP) qui est publiée avec « une planification approfondie et la mobilisation des intervenants ».

Par la suite, l’attribution du contrat devrait se faire début 2022, la livraison du premier chasseur en 2025 et celle du dernier en 2031. Le contrat est estimé entre 10 et 13 milliards d'euros. Au total, l'Aviation royale canadienne prévoit de mettre en oeuvre 88 exemplaires de l'appareil acheté.

En attendant la sélection de son nouvel avion de combat, l'ARC renforce sa flotte avec l'achat de 18 F/A-18A/B Hornet australiens d'occasions, ainsi que des pièces de rechange, afin de soulager son actuelle flotte de CF-188. Pour un montant d'environ 500 millions de dollars, les deux premiers appareils ont rejoint le Canada début 2019.