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Defens'Aero

Des membres des services de renseignement français décèdent dans le crash de leur appareil à Malte

© Jeremy / via planespotters.net - Le Merlin IV accidenté, ici vu sur l'aéroport de Malte le 02 juin 2016.

Le 17 juillet 2016, la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) perdait trois hommes du Service Action dans le crash de leur hélicoptère, un Mi-24 «Hind» du général Haftar, après avoir été abattu par un missile sol-air.

Trois mois plus tard, la communauté française des services du renseignement est de nouveau en deuil après le crash d'un avion ISR sur l'aéroport de Luqa, à Malte, ce lundi 24 octobre 2016.

En effet, aux alentours de 07h20 (heure française), un Fairchild SA227 Merlin IV de l'entreprise privée CAE Aviation s'est écrasé quelques instants après son décollage dans l'enceinte de l'aéroport international de Malte.

Sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, issue d'une caméra embarquée dans une voiture, on y voit clairement l'appareil partir sur la gauche, et la vidéo ne montre aucune explosion avant la percussion avec le sol. Le crash semble donc provenir d'un incident technique, mais seules les enquêtes ouvertes et en cours permettront d'apporter des réponses précises.

Quoi qu'il en soit, peu de temps après l'accident, dans un communiqué de presse adressé à l'Agence France Presse (AFP), le Ministère français de la Défense a confirmé que «la chute de l’appareil a causé la mort des cinq personnels présents à bord : trois relevant du ministère de la Défense et deux salariés du contractant privé».

L'appareil, comme à son habitude, venait de décoller afin de mener une mission ISR (Intelligence, Surveillance, and Reconnaissance) au-dessus de la Libye ou au large des côtes du pays.

Ce type de mission est régulier afin de permettre à la France d'avoir une connaissance précise de la situation en Libye, et de ce fait, de pouvoir prendre les décisions les plus justes dans le cadre de ses actions sur place.

La Libye est depuis de nombreux mois maintenant survolée par des avions de combat (frappes aériennes et missions de reconnaissance), et son sol voit la présence de plusieurs pays occidentaux, comme les Etats-Unis, la France, l'Italie, ou le Royaume-uni, qui y déploient des forces spéciales et leurs services de renseignement afin de soutenir les deux parties opposées contre l'organisation Etat Islamique.

Les services de renseignement français, comme la DGSE et la Direction du Renseignement Militaire (DRM) louent quotidiennement des appareils privés afin de mener discrètement des missions.

Certaines ont pour but de réaliser des missions de surveillance, du recueil d'images grâce à des capteurs installés sur l'appareil, tandis que d'autres récupèrent du renseignement d'origine électro-magnétique (conversations téléphoniques, radios, etc…).

L'externalisation de ce type de mission par le Ministère français de la Défense permet une plus grande discrétion, d'abord en raison de la raison d'être de ces services, et parce que ces appareils, outre pour des passionnés, sont plus discrets que ceux peints avec des cocardes françaises et parfois porteur d'une livrée militaire.

Enfin, et c'est la raison principale, la France manque cruellement de moyens ISR au sein de ces forces armées. Plusieurs fois reporté, l'achat d'avions légers de surveillance et de reconnaissance, deux Beechcraft King Air 350, a été annoncé en juin de cette année, alors que des moyens étaient réclamés depuis plusieurs années déjà et qu'ils sont indispensables dans des régions comme au Sahel et au Moyen-Orient.

L'appareil, immatriculé N577MX, est régulièrement utilisé par les services secrets français, et a déjà été aperçu sur la base aérienne 105 d'Evreux, où se trouve le Groupe Aérien Mixte 56 «Vaucluse», qui réalise des opérations clandestines.

Le Merlin IV appartient à la société luxembourgeoise CAE Aviation, fondée en 1971, et qui réalise, entre autres, des missions de surveillance et de reconnaissance au profit de gouvernements et de leurs forces armées, comme la France, mais aussi au profit d'organisations non-gouvernementales.

L'entreprise, qui réalise ce type de mission depuis 2005, explique qu'elle utilise pour cela un équipage de trois à quatre membres, ainsi que des officiers de liaison. Les capteurs, fonctionnels de jour comme de nuit, sont des boules optroniques MX 15HD et MX 20HD, en fonction de l'aéronef utilisé. 

En outre, la flotte dispose d'une capacité de transmission au sol et en temps réel des données recueillies, d'un laser pour la désignation d'objectif, de systèmes pour le recueil de renseignement d'origine électro-magnétique, d'un radar TELEPHONICS RDR 1400 ou 1700, de téléphones satellites, etc…

CAE Aviation dispose d'une large flotte composée de Beechcraft King Air 300, de King Air A100, de Super King Air 350, de Fairchild Merlin IV, Merlin III, de Britten-Norman BN2T, de CASA 212 Aviocar, et enfin, de Cessna Grand Caravan C208B. Plus de 8 000 heures de vol sont effectuées par an.

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