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Defens'Aero

La DGA et Dassault Aviation lancent la rénovation à mi-vie des Mirage 2000D

© EMA - Décollage d'un Mirage 2000D dans le cadre de l'opération Chammal.
© EMA - Décollage d'un Mirage 2000D dans le cadre de l'opération Chammal.

Dans l'Armée de l'Air française, il y a de vieux serpents de mer qui se traînent depuis des années et des années. La rénovation et la modernisation de la flotte des Mirage 2000D en est l'exemple même. Plusieurs fois réfléchies, plusieurs fois annoncées, plusieurs amenées à un stade avancé, la modernisation n'a pourtant jamais été officiellement lancée.

Désormais, cette époque est révolue puisque dans deux communiqués de presse consécutifs, publiés le 19 juillet 2016, l'avionneur français Dassault Aviation et la Direction Générale de l'Armement (DGA) ont annoncé avoir signé un contrat portant sur la modernisation à mi-vie (MLU - Mid-Life Update) des chasseurs-bombardiers de la 3ème Escadre de chasse, installée sur la base aérienne 133 de Nancy-Ochey.

Dassault Aviation affirme dans son propre communiqué que la rénovation porte sur cinquante-cinq Mirage 2000D et que «cette décision témoigne de la confiance que place la DGA dans le savoir-faire de Dassault Aviation et de ses partenaires industriels en matière de modernisation d’avions»

Du côté de l'Etat français, la DGA indique que «dans la continuité de la décision prise en comité ministériel d’investissement (CMI) en fin 2015», cette modernisation va «permettre leur emploi en complément des avions Rafale jusqu’au-delà de 2030» et que «ce programme permet de garantir le format prévu par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, à savoir 225 avions de chasse (air et marine)».

© USAF - Ravitaillement en vol au-dessus de l'Irak auprès d'un ravitailleur américain.
© USAF - Ravitaillement en vol au-dessus de l'Irak auprès d'un ravitailleur américain.

Une modernisation annoncée, puis retardée

Le 30 septembre 2015, le Ministère de la Défense avait déjà annoncé le lancement de cette modernisation, qui aurait dû débuter dans le courant de la fin de l'année 2015.

Cette annonce avait été portée dans le cadre de la présentation du projet de loi de finances de 2016, dans lequel le Ministère français de la Défense avait publié les différents montants qui allaient être alloués aux différents programmes de modernisation, entre autres.

C'est donc dans ce cadre que le Ministère avait affirmé, un peu hâtivement, que la rénovation allait être lancée en fin d'année 2015, et que cette «réalisation de la rénovation à mi-vie du Mirage 2000D» sera marquée par la livraison à l'Armée de l'Air française du premier appareil rénové «dès 2019».

Lors de la publication de cette annonce, on a notamment appris que cette modernisation, sur un parc aéronautique qui en a maintenant plus que besoin, se concentre sur «les obsolescences techniques et conférera au Mirage 2000D la capacité de tir canon air-sol et la possibilité d’emporter des missiles d’autoprotection MICA infrarouge. La simulation sera également mise à niveau».

Cette MLU est aussi pratique en raison des économies qui seront effectuées. En effet, avec un «coût d’exploitation sensiblement inférieur, le Mirage 2000D rénové pourra remplir des missions pour lesquelles l’ensemble des capacités du Rafale ne sont pas requises».

Si cette modernisation semble conséquente pour ces Mirage 2000D, il n'en est malheureusement rien. En effet, à Defens'Aero, une source précise que «le périmètre technique de la rénovation a été à chaque fois rogné depuis des années…» et qu'il s'agit «vraiment ici d'un tout petit programme… petit petit».

© EMA - Depuis la BAP de Jordanie, décollage en post-combustion pour une nouvelle mission.
© EMA - Depuis la BAP de Jordanie, décollage en post-combustion pour une nouvelle mission.

Quels changements ?

Dans leurs communiqués respectifs, la DGA et Dassault Aviation précisent simplement que ces rénovations se consacrent sur la modernisation de l'avionique et du système d'armes, à l'intégration des missiles air-air d'autoprotection MICA IR (Infrarouge) avec le retrait programmé des Magic II, ainsi que sur la mise au point d'une nacelle canon air-sol.

En outre, le Système de Navigation et d'Attaque (SNA) des Mirage 2000D va être complètement revu, retravaillé, et modernisé par Dassault Aviation. En effet, il y a maintenant quelques temps, le système de navigation du Mirage 2000D reposait sur des fonds de carte en carton, scannés, et projetés à l'officier navigateur système d'armes (NOSA) via un agrandisseur. C'était, dit-on, «une énorme aberration à l'heure numérique !».

C'est pourquoi, et comme à son habitude, les (ingénieux) aviateurs de l'Armée de l'Air avaient réussi à mettre au point un système complémentaire au SNA. Si ce «système D» avait l'avantage d'être plus moderne, celui-ci avait l'inconvénient de prendre de la place, et donc d'encombrer encore plus le poste de pilotage et la cabine, déjà bien équipée.

Enfin, la modernisation prendra aussi en compte la possibilité pour les Mirage 2000D de pouvoir s'équiper et décoller avec un emport assymétrique. Aujourd'hui, ces appareils ne peuvent emporter que le même type de bombes sur les emports ouverts pour les tirs air-sol, ce qui avait pour effet, par exemple, d'avoir des appareils qui décollaient avec uniquement deux GBU-49 sous le ventre. A la suite de cette rénovation, les 2000D pourront décoller et aller frapper avec, au moins, deux types de bombes différents, comme par exemple une GBU-12 couplée à une GBU-49.

Si le pod canon est un système qui est largement attendu en raison notamment de la mission principale des Mirage 2000D, chargés d'assurer des missions d'appui aérien rapproché, un pilote de chasse de 2000D assurait à Defens'Aero, il y a seulement quelques semaines, que de son point de vue, l'intégration du canon n'était pas une priorité.

En effet, aujourd'hui, les Mirage 2000D évoluent sur des théâtres d'opérations où l'on retrouve des appareils armés de canon, avec notamment les Rafale ainsi que les autres chasseurs de la coalition internationale au Moyen-Orient, ou avec les Mirage 2000C et les Rafale lorsqu'ils sont déployés dans la bande sahélo-saharienne. De ce fait, ce manque est quand même compensé par la présence d'équipier en vol, qui eux en sont dotés, mais aussi par le simple fait que les tirs canon sont rares.

Selon ses déclarations, il est plus nécessaire de mettre au point une configuration qui puisse permettre d'emporter sur un seul et même 2000D trois GBU à guidage laser et une nacelle de désignation laser, afin de guider ses dernières.

La configuration quatribombes, adoptée sur Mirage 2000Nk3 et 2000C, est utile en opération, notamment lors de frappes planifiées. Mais lors de sorties aériennes pour des frappes d'opportunités, les quatre bombes auraient de fortes chances de ne pas être tirées. Cela engendrerait alors une consommation supplémentaire de carburant, une usure augmentée de la cellule, des traînées, un déséquilibre si toutes ne sont pas tirées, etc…

Si la configuration avec deux GBU est considérée comme limité, celle avec quatre n'est pas nécessaire. Le compromis pourrait donc être trouvé en emportant trois GBU et une nacelle de désignation laser.

© Swingwing - Atterrissage d'un Mirage 2000D équipé de la nacelle ASTAC.
© Swingwing - Atterrissage d'un Mirage 2000D équipé de la nacelle ASTAC.

Des améliorations avant même la campagne MLU

Depuis la fin du mois de juillet 2015, la nacelle ASTAC (Analyseur de Signaux TACtiques) est opérationnelle sur la flotte des Mirage 2000D.

Ce pod, développé par l'avionneur français Thales, a pour mission d'assurer le suivi de l’environnement électromagnétique et la reconnaissance électronique tactique d'une zone d'opérations. Cette fonction inclut par ailleurs l’actualisation de la situation électronique générale et l’établissement de l’ordre de bataille électronique dans lequel évolue l'aéronef porteur.

L'ASTAC pourrait actuellement être déployé sur les opérations extérieures, où ses capacités sont le bienvenues, en complément de celles qui peuvent être recueillies par les Transall Gabriel ou les Atlantique II de la Marine Nationale.

Outre au-dessus de la Syrie et de l'Irak, ces nacelles peuvent aussi évoluer au-dessus de la bande sahélo-saharienne, afin de récolter du renseignement électromagnétique des groupes jihadistes de la région, mais aussi au-dessus de la Libye, que ce soit dans le nord afin de soutenir les forces armées reconnues par la communauté internationale, ou dans le sud, afin d'élargir le champ de vision de l'opération Barkhane et des forces spéciales sur place.

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