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Defens'Aero

Maple Flag 2016 : l'Aviation Royale Canadienne débute son plus important exercice aérien

© ARC - Un Mirage 2000-5F au ravitaillement pendant une mission.
© ARC - Un Mirage 2000-5F au ravitaillement pendant une mission.

L'aéronautique militaire connait depuis plusieurs dizaines d'années maintenant des rendez-vous, ou plutôt des exercices internationaux, qui rassemblent plusieurs dizaines d'aéronefs, que ce soit des avions de combat, de transport, de guet aérien, des hélicoptères, etc.. tous issus de divers pays, et ce, pendant plusieurs semaines.

Si on connait évidemment le mythique Red Flag aux Etats-Unis, d'autres pays ne sont pas en reste avec, par exemple, la France et son exercice Serpentex, les pays nordiques (Finlande, Suède, et Norvège) avec l'Arctic Challenge Exercise, l'OTAN avec son Nato Tiger Meet, etc... pour ne citer qu'eux.

Parmi ces exercices réputés par les forces aériennes mondiales, se trouve notamment Maple Flag, qui se déroule chaque année depuis 1977 au Canada. Cette année il se déroule du 30 mai au 24 juin 2016 sur la base aérienne de Cold Lake, dans la province de l'Alberta, où est installée la 4e Escadre de l'Aviation Royale Canadienne.

Retour sur l'histoire de cet exercice canadien, ses objectifs et ses missions qui ont sensiblement évolué depuis 1977, la zone réservée aux tirs réels, ainsi que les différents intervenants de la 49ème édition :

© ARC - Ravitaillement en vol de deux CF-188 de l'Aviation Royale Canadienne

© ARC - Ravitaillement en vol de deux CF-188 de l'Aviation Royale Canadienne

De Red Flag North... à Maple Flag

© ARC - Décollage d'un 2000-5F, équipé d'un MICA IR inerte.

© ARC - Décollage d'un 2000-5F, équipé d'un MICA IR inerte.

Lors de sa création, en 1977, l'exercice canadien s'est immédiatement positionné en tant que «petit frère» du Red Flag américain, qui se déroule plusieurs fois par an aux Etats-Unis, que ce soit sur la base aérienne de Nellis, dans le Nevada, ou d'Eielson, en Alaska. L'Aviation Royale Canadienne appuie cette ressemblance puisqu'elle décrit Maple Flag comme étant «la version canadienne de l’exercice Red Flag de la force aérienne des États-Unis».

Comme pour son homologue américain, Red Flag North a été créé à la suite des amères constatations que les officiers de l'US Air Force ont eu à faire lors de la guerre du Vietnam, entre 1955 et 1975. Les états-majors du Department of Defense des Etats-Unis, et notamment ceux de l'US Air Force, ont remarqué que bons nombres de pilotes de chasse, pourtant équipés d'avions de combat développés avec de nouvelles technologies, étaient rapidement abattus lors de combats aériens rapprochés.

Entre les années 60 et 70, le ratio était de 2,2 aéronefs ennemis abattus, contre 1 du côté des Etats-Unis. Ces résultats inacceptables sont dus, en partie, à l'absence d'entraînements efficaces au combat aérien rapproché, et à l'abandon des canons utilisés dans la combat aérien, remplacés par des missiles air-air longue portée.

Dans ces statistiques, l'USAF s'aperçut que si un pilote déployé sur ce théâtre d'opération arrivait à franchir le cap de ces dix premières missions, ses chances de survies étaient grandement améliorées. C'est alors que les premiers Red Flag ont été mis en place afin d'entraîner et de former les pilotes de chasse à ce type de mission.

Au Canada, le nom de Red Flag North, et pour des raisons qui ne sont pas connues, a rapidement été abandonné afin de laisser place un an plus tard, soit en 1978, au nom que l'on connait aujourd'hui, Maple Flag.

Cet exercice est, dans ses premières années, composé de «deux exercices de quatre semaines qui ont eu lieu chaque année jusqu’en 1987». Par la suite, il est expliqué que «Maple Flag est devenu un événement annuel durant de quatre à six semaines, réparti en deux ou trois volets distincts de deux semaines chacun».

Si, dans les premières sessions, l'exercice se concentrait sur du combat aérien rapproché, puisqu'il a été mis en place spécialement pour cela, avec l'évolution du monde, des conflits, et les changements majeurs dans les technologies et la façon de faire la guerre, Maple Flag s'est tourné vers un nouveau standard.

On y retrouve désormais des hélicoptères, des aéronefs apparus dans les dernière décennies (drones notamment), des hommes des forces terrestres au sol, preuve que le combat aérien n'est plus le seul et unique objectif, ainsi que des systèmes électroniques utilisés dans les guerres modernes du XXIème siècle.

Depuis 1977, Maple Flag est donc l'occasion pour les forces armées canadiennes de s'entraîner dans le cadre de missions complexes, aux côtés de leurs partenaires et de leurs alliés sur les champs de bataille actuel, notamment au Moyen-Orient.

A noter que depuis 1987, et selon l'Aviation Royale Canadienne, Maple Flag n'a été annulé qu'à quatre reprises : «en 1991 en raison de la 1ère guerre du Golfe, en 1999 en raison du conflit au Kosovo, en 2011 en raison de l’opération Mobile [Libye, NDLR], et enfin, en 2015 en raison des opérations Impact [Irak et Syrie, NDLR] et Reassurance [soutien aux pays de l'est de l'Europe]».

© ARC - Arrivée au break de quatre Hornet.

© ARC - Arrivée au break de quatre Hornet.

En quoi consiste Maple Flag ?

Cette année, l'exercice «Maple Flag 49» se déroule en deux temps, avec deux périodes de deux semaines. La première se déroule du 30 mai au 10 juin 2016, et la seconde débute trois jours plus tard, soit du 13 au 24 juin 2016.

Globalement, ce «Red Flag canadien» a pour objectif général de «préparer les équipages, ainsi que le personnel de maintenance et de soutien du Canada et des pays participants, à affronter les rigueurs des opérations dans l’espace aérien moderne».

Les sorties aériennes, qui se complexifient dans le temps comme sur l'ensemble des exercices internationaux, se présentent de la sorte : «les participants doivent se frayer un chemin jusque dans une zone de conflit, éliminer les cibles approuvées, et en ressortir pour retourner à leur base d’attache».

Dans un document qui présente l'édition 2016, l'Aviation Royale Canadienne précise que l'exercice «comportera des activités dans les domaines suivants : commandement et contrôle ; opérations air-air et air-sol ; ravitaillement en vol ; renseignement, surveillance et reconnaissance ; transport aérien tactique ; aviation tactique, et appui aérien rapproché. Ces activités seront toutes menées dans un environnement de classe mondiale à la fois contrôlable et sans restrictions».

En plus de ces missions, des cours sur la «guerre électronique tactique» seront également prodigués pendant la première session afin de «préparer les stagiaires à mener efficacement des opérations hautement spécialisées, interarmées et multinationales dans un environnement de guerre électronique contemporain».

Le Canada est un très vaste pays qui comprend, comme les Etats-Unis, des régions où la densité de population est relativement faible. Cette conjoncture permet aux forces armées de pouvoir s'entraîner dans un environnement qui se rapproche de celui rencontré dans les opérations militaires, mais aussi, de s'affranchir de certaines contraintes tel que le bruit, les couloirs aériens civils, les zones habitées, etc...

L'Alberta, avec ses 661 848 km2, possède notamment le vaste polygone de tir aérien (ou champ de tir) de Cold Lake (CLAWR), où les appareils peuvent délivrer un armement bon de guerre, en toute sécurité.

© ARC - Décollage d'un Hornet canadien, sous le regard de quatre Aggressors.

© ARC - Décollage d'un Hornet canadien, sous le regard de quatre Aggressors.

CLAWR, un acronyme barbare qui cache pourtant de nombreux atouts

Les exercices internationaux qui souhaitent se rapprocher au plus près de la réalité des opérations militaires actuelles doivent se doter d'un champ de tir où les aéronefs, avions de combat, hélicoptères, et drones, peuvent délivrer de l'armement en tout sécurité. Ce champ de tir, Maple Flag l'a. Il s'agit du polygone de tir aérien de Cold Lake (CLAWR).

En réalité, le CLAWR fait partie d'un ensemble de trois espace aériens qui comprend, en plus du CLAWR, d'un «polygone d’entraînement à la manœuvre de combat aérien (ACMR) et d'un secteur de vol à basse altitude, tous contrôlés et administrés par les Opérations de la 4e Escadre».

Ce vaste ensemble s'étend, d'ouest en est, de la Colombie-Britannique, province située sur la côte ouest du Canada, jusqu'à la province de Manitoba, située dans le centre du Canada. Pour ce qui est du nord au sud, l'espace aérien comprend les Territoires du Nord-Ouest, territoire fédéral dans le nord du Canada, et se déroule jusque dans le centre de l'Alberta.

Le plus petit de ces trois espaces aériens est le CLAWR, bien qu'il ait une superficie de 1,17 million d’hectares. Situé à environ 70 kilomètres au nord de la base aérienne de Cold Lake, sa petite taille, qui équivaut toutefois la superficie de l'Europe centrale, ne l'empêche pas d'avoir en son sein pas moins de 90 «complexes d'objectifs», soit environ 640 «objectifs individuels», couplés à des simulateurs de menaces, notamment sol-air.

Ces complexes d'objectifs comprennent «sept représentations tridimensionnelles de terrains d’aviation militaires, des représentations d’infrastructure militaire, et des simulateurs de menaces surface-air».

Si le CLAWR se caractérise déjà avec une formidable superficie et un important ensemble d'objectifs, il permet aussi «l’utilisation de munitions inertes classiques et à guidage de précision (lasers) et de munitions guidées par GPS» sur presque tous les objectifs qui sont installés.

De plus, outre ces munitions inertes, «plusieurs zones de tir réel, notamment des polygones de bombardement air-air et air-sol» permettent l'entraînement au tir avec des munitions dites «bons de guerre», comprenant l'explosif. Ces tirs peuvent être effectués avec des bombes air-sol guidées laser et/ou GPS, des bombes air-sol non-guidées, ainsi que des missiles air-air à courte ou longue portée, contre des cibles aériennes.

© ARC - Un CC-130J Super Hercules mis en oeuvre par l'Aviation Royale Canadienne.

© ARC - Un CC-130J Super Hercules mis en oeuvre par l'Aviation Royale Canadienne.

Un scénario sur un air de «déjà vu»

Comme dans la majeure partie des exercices internationaux, un scénario avec des objectifs définis à l'avance est réfléchi, écrit, et mis en place afin de permettre aux participants de pouvoir réaliser leurs missions grâce à un contexte de base.

Dans le cadre de Maple Flag 2016, le scénario se base sur un conflit territorial, entre Lemgo et Stromie :

«Lemgo cherche l’indépendance vis-à-vis de la Stromie, laquelle considère le Lemgo et ses citoyens comme une province rebelle. Le jeune pays Lemgo estime que son autonomie durement gagnée est à risque. L’Occident soutient les objectifs du Lemgo et s’est engagé à le protéger si la Stromie montrait des signes d’agressivité quelconque.

Dans le cadre de l’exercice, le 1er avril 2016, la Stromie a rassemblé un grand nombre de troupes et d’aéronefs près du territoire du Lemgo, et des frappes aériennes ont eu lieu le 15 avril. Maintenant, les troupes de la Stromie sont sur le territoire du Lemgo et prennent à partie les troupes au sol, infligent de lourdes pertes à l’ennemi et s’approprient de vastes étendues de territoire et d’infrastructure.

En raison de cette situation, une coalition dirigée par le Canada a été formée afin de déployer rapidement les forces sur le territoire qui appartient encore au Lemgo. Les objectifs de la coalition consistent à mettre hors de combat la Stromie et à mettre fin aux souffrances des habitants du Lemgo».

Cette «story line» est utilisée comme ligne directrice par l'ensemble des nations participantes, qui l'ont validé et qui le considèrent comme propre et fidèle à «leurs objectifs d'entraînement».

© ARC - Deux CF-188 Hornet se préparent pour leur nouvelle mission.

© ARC - Deux CF-188 Hornet se préparent pour leur nouvelle mission.

Six nations : sur terre comme dans les airs

Le cru 2016 est composé, dans sa totalité, par 1 300 militaires issus des forces armées canadiennes, ainsi que par 400 militaires Américains, Allemands, Belges, Anglais, et Français.

Canada

L'Aviation Royale Canadienne met en oeuvre un grand nombre d'appareils pour son plus grand exercice de l'année. On retrouve deux hélicoptères CH-146 Griffon (Bell 421), pas moins de vingt-quatre CF-188 Hornet (appui aérien rapproché, attaque au sol, reconnaissance, attaque et défense aérienne, Aggressors), un avion de patrouille maritime CP-140 Aurora (P-3 Orion - renseignement, surveillance, et reconnaissance), un CC-177 Globemaster III (transport) un CC-130T Hercules (ravitaillement en vol), ainsi que deux CC-130J Super Hercules (transport).

Etats-Unis

Deux C-130 Hercules du 94th Airlift Wing de l'US Air Force Reserve, deux autres du 165th Airlift Wing de l'US National Guard, et deux E-3 Sentry AWACS du 960th et du 964th Airborne Air Control Squadron de l'US Air Force.

Allemagne

Des militaires de la 1ère Brigade Aéroportée, ainsi que des unités des forces spéciales du Kommando Spezialkräfte (KSK).

Belgique

Des contrôleurs aériens avancés déployés sur le théâtre des opérations aux côtés des troupes au sol afin de guider les frappes aériennes des avions de combat.

Royaume-Uni

Un E-3D Sentry AWACS du No. 8 Squadron de la Royal Air Force, stationné sur la base aérienne de Waddington, dans le Lincolnshire.

Aggressors civils

Par ailleurs, l'entreprise canadienne Discovery Air Defense Service participe aussi à cet exercice avec des Alpha Jet A, qui ont appartenu à la Luftwaffe. Ces entreprises civiles, qui louent leur service aux forces aériennes, sont de plus en plus sollicitées, notamment en raison des coupes budgétaires.

Elles participent aux exercices quotidiens, mais aussi et surtout, aux grands exercices multinationaux. Leur participation se traduit par l'exécution de missions dans le rôle d'Aggressors, aussi connu sous le nom de Red Air. Face à des appareils des nations participantes, ils sont censés gêner le bon déroulement des missions, et à les empêcher d'atteindre leurs objectifs.

© ARC - Décollage d'un Aggressor, représenté par cet Alpha Jet A.

© ARC - Décollage d'un Aggressor, représenté par cet Alpha Jet A.

France

De son côté, la France a déployé, pour la première session de l'exercice, quatre Mirage 2000-5F du Groupe de Chasse 1/2 «Cigognes», habituellement stationnés sur la base aérienne 116 de Luxeuil.

Les chasseurs de la 2ème Escadre de chasse ont quitté la France le week-end du 21 et 22 mai pour un convoyage qui s'est effectué en trois étapes, aux côtés d'un ravitailleur C-135FR du Groupe de Ravitaillement en vol 2/91 «Bretagne».

La première étape consistait à rejoindre la base aérienne portugaise de Lajes, aux Açores, située presqu'au milieu de l'océan Atlantique, à environ 1 550 kilomètres de Lisbonne, sur la côte ouest du Portugal. S'en est suivi d'un vol des Açores, vers la base aérienne canadienne de Bagotville, dans la province du Québec. Enfin, le troisième et dernier vol a permis aux appareils français de rejoindre Cold Lake.

Sur la page Facebook officielle du Groupe, il est précisé que «les « Cigognes » y ont participé [à Maple Flag, NDLR] en 2004 et 2012 et c'est pour notre expertise dans le domaine air-air que nous avons été conviés à fournir un contingent pour la 49e session, sur proposition du Commandement des Forces Aériennes (CFA)».

Publiée par la communication officielle des forces armées canadiennes, une photo montre un 2000-5F porteur du pod ACMI (Air Combat Maneuvering Instrumentation), ce qui assez rare, puisque les appareils s'entraînent plus régulièrement au combat aérien avec des missiles air-air MICA IR inerte, mais avec l'autodirecteur actif.

«Avec l'ACMI, on a une restitution fidèle, c'est notamment intéressant lors des COMAO [COMPosite Air Operation, NDLR] et des MFFO [Mixed Forces Fighting Operation, NDLR] pour connaître le déroulement et les interactions» des vols, explique-t-on. A l'inverse, «le MICA permet juste d'avoir un autodirecteur IR actif, l'emport d'EM étant inutile. Cela permet de pousser le combat jusqu'au lock IR, mais la restitution n'existe pas autrement que par la lecture des cassettes SERPAM».

A compter du 13 juin, le dispositif français sera complété la présence de quatre Mirage 2000D de la 3ème Escadre de chasse de Nancy-Ochey, et de quatre Rafale B.

© ARC - Un 2000-5F équipé du pod ACMI.

© ARC - Un 2000-5F équipé du pod ACMI.

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Simon Perrault 19/06/2016 23:27

Excellent article! Cette base de l'Aviation royale canadienne se situe au sud-est de Fort McMurray et à 456 km de cette ville dévastée. C'est en naviguant sur le web que j'ai découvert votre site. Je suis un passionné par le monde maritime et aéronautique. Très cordiales salutations d'Outre-atlantique.