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Defens'Aero

La Libye serait-elle la prochaine opération extérieure de la France ?

Photo : (c) EMA - Tigre HAP devant le BPC Tonnerre pendant l'opération Harmattan
Photo : (c) EMA - Tigre HAP devant le BPC Tonnerre pendant l'opération Harmattan

En 2011, du 19 Mars au 31 Octobre, une coalition internationale s'est regroupée au sein de l'opération Unified Protector afin de frapper les forces loyalistes au régime de l'ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi et de soutenir les rébellions à travers le pays. Cependant, avec aucune vision de l'après-guerre, le pays est aujourd'hui dans un terrible chaos.

  • La situation sur le terrain libyen

​Après la chute du dictateur, la Libye ne s'est pas reconstruite et est encore aujourd'hui dans une guerre civile. Celle-ci est alimentée quotidiennement par les affrontements des milices locales, qui se font la guerre pour contrôler des zones du territoire libyen, des localités, ainsi que des points stratégiques.

A ces milices locales, s'ajoute aussi l'influence grandissante de l'Organisation Etat Islamique (OEI) dans certaines grandes villes libyennes. En effet, actuellement, l'OEI contrôle la ville côtière de Syrte, dans le Nord du pays, qui est le fief du groupe terroriste en Libye, ainsi qu'une bande longue d'au moins 200 kilomètres, tout le long du littoral.

Bien que la population locale et certaines milices ne veulent pas de ces jihadistes, déjà installés sur une large partie du territoire syrien et irakien, ces derniers parviennent quand même à prospérer en nouant des alliances, toujours avec des milices locales. A ce sujet, le très sérieux site Zone Militaire écrit que «c’est le cas à Benghazi, Syrte et Derna mais aussi dans le sud, où ses émissaires auraient établi des contacts avec les tribus Toubou et Touareg».

De plus, alors qu'ils étaient il y a quelques mois limités à plusieurs centaines d'individus environ, les rangs de l'OEI en Libye commencent sérieusement à se gonfler et les sympathisants affluent, toujours de plus en plus nombreux. La plupart de ces jihadistes arrivent de pays du Maghreb, qui voient ici une occasion de rejoindre l'OEI plus facilement qu'en Syrie et en Irak, très surveillés par les services de renseignement des pays qui ont des ressortissants jihadistes dans cette région du Moyen-Orient. En Libye, l'OEI aurait entre 4 000 et 5 000 sympathisants, la plupart provenant de pays d'Afrique, comme la Tunisie, mais aussi du Yémen, et du Soudan.

Enfin, dans ce chaos général, deux gouvernements opèrent en Libye. Le premier Parlement, qui est reconnu par la communauté internationale, et qui est aussi soutenu par l'Egypte et les Emirats-Arabes-Unis, s'est établi à Tobrouk, dans le Nord-Est, après les élections de Juin 2014. Le second Parlement, qui s'est installé à Tripoli, dans Nord-Ouest, n'est pas reconnu par la communauté internationale et est considéré comme un Parlement islamiste, puisque soutenu par la milice Fajr Libya. Ce dernier est soutenu par la Turquie et le Qatar.

Toutefois, le 16 Décembre 2015, grâce à l'action des Nations Unies et si la situation entre-eux n'évolue pas en mal, les deux gouvernements devraient signer un accord pour la constitution d'un gouvernement d'union nationale.

Photo : (c) EMA - Le BCP Mistral, avec un pont bien occupé, pendant Harmattan.
Photo : (c) EMA - Le BCP Mistral, avec un pont bien occupé, pendant Harmattan.
  • Des ministres français qui évoquent une intervention

Depuis maintenant plusieurs mois, le Ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian est préoccupé par la situation en Libye, notamment avec la montée de l'Organisation Etat Islamique, et avec l'influence qu'elle pourrait jouer sur des pays frontaliers, notamment en Algérie, au Niger, au Tchad, et indirectement au Mali.

A de multiples reprises devant les médias français, il a régulièrement évoqué ses préoccupations et ses craintes à ce sujet. Il y a maintenant un an, le Ministre indiquait déjà dans un entretien au journal Le Figaro : « Rappelons-nous ce que nous avons collectivement entrepris et réussi au Mali : une opération militaire de grande ampleur pour libérer ce pays de la menace djihadiste, et un processus politique démocratique. La dégradation de la situation sécuritaire en Libye pourrait entamer cet acquis. J'alerte aujourd'hui sur la gravité de la situation en Libye ».

Au cours de ce même entretien, il déclarait également que « Le Sud libyen est une sorte de “hub” où les groupes terroristes viennent s'approvisionner, y compris en armes, et se réorganiser. Leurs principaux chefs, l'émir Droukdel ou Mokhtar Belmokhtar, y transitent régulièrement. Au nord, les centres politiques et économiques du pays sont désormais menacés d'être contrôlés par ces djihadistes. Or la Libye est à la fois la porte de l'Europe et du Sahara ».

Mais le Ministre de la Défense n'est pas le seul à s'inquiéter publiquement dans les journaux français de la situation en Libye. Dernièrement, c'est le Premier Ministre Manuel Valls qui en a parlé lors de sa participation à une émission de la radio France Inter, le Vendredi 11 Décembre 2015.

Évoquant pour la première fois une possible intervention en Libye, le Premier Ministre a indiqué sur les ondes de la radio que « nous sommes en guerre, nous avons un ennemi, Daesh, que nous devons combattre et écraser, en Syrie, en Irak et demain sans doute en Libye ».

Le 1er Décembre, le chef du gouvernement avait déjà évoqué la Libye sur les ondes d'Europe 1 cette fois-ci. M. Valls avait alors déclaré que le dossier libyen est « incontestablement le grand dossier des mois qui viennent ».

Photo : (c) Marine Nationale - Gazelle, Puma, et Tigre s'entraînent sur le BPC.
Photo : (c) Marine Nationale - Gazelle, Puma, et Tigre s'entraînent sur le BPC.
  • Des entraînements et des opérations qui se complètent

Missions de reconnaissance au-dessus de la Libye :

Lors du déplacement du Président de la République François Hollande sur le porte-avions Charles de Gaulle, alors engagé dans le Méditerranée orientale (MEDOR), la communication de l'Elysée avait révélé l'existence d'opérations, que l'Etat-Major des Armées n'avait pas évoqué dans ses points-presse hebdomadaires : des missions de reconnaissance ont été menées au-dessus de la Libye.

En effet, le document révèle que durant «une première phase d’opération», des appareils de la Marine Nationale ont mené des missions ISR (Intelligence, Surveillance, & Reconnaissance) «les 20 et 21 Novembre» au-dessus du territoire libyen. Ces opérations se sont déroulées «dans les régions de Syrte et Tobruk», situées, respectivement, dans le Nord et le Nord-Est de la Libye.

Si ces premières missions de reconnaissance ont été effectuées avant l'arrivée du porte-avions Charles de Gaulle aux larges des côtes syriennes, d'autres missions sont encore prévues au-dessus de la Libye lorsqu'il se désengagera de la MEDOR. L'Elysée indique à ce titre que «des vols ISR en Libye sont également planifiés» après le franchissement du canal de Suez. A noter que le Groupe Aéronaval a franchi le canal de Suez le 07 Décembre 2015 afin de rallier le golfe arabo-persique.

Entraînement des hélicoptères de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre sur BPC :

Du 30 Novembre au 04 Décembre 2015, «dans le cadre de sa remontée en puissance, le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre retrouve sa fonction de porte-hélicoptères d’assaut, au cours d’une intense campagne d’appontages», indique la Marine Nationale dans un communiqué publié le 04 Décembre.

Cet exercice permet de qualifier les pilotes des hélicoptères de Tigre, Gazelle, Puma, et Caracal, tous issus du 3ème Régiment d’Hélicoptères de Combat (3ème RHC) d’Etain et du 4ème Régiment d’Hélicoptères des Forces Spéciales (4ème RHFS) de Pau, à apponter sur les BPC.

Ces entraînements, qui ont aussi permis d'exercer les marins à bord du BPC, ont été réalisés dans la journée et en pleine nuit. Le chef du détachement du 4è RHFS explique que «ces exercices à bord du BPC nous permettent d’effectuer des posés délicats. L’atmosphère maritime fournit moins de repères pour les pilotes, notamment la nuit où ils peuvent être soumis à des illusions sensorielles».

Quant à la Marine Nationale, celle-ci indique qu'une parfaite coordination doit avoir lieu pour permettre la pratique de «Touch and go (TAG), ship control approach (SCA), depuis le contrôle aérien assuré par le CTAC (contrôleur tactique), jusqu’au dialogue entre les pilotes et la cabine aviation dans le circuit».

Un important stock de missiles HOT :

Le journaliste Jean-Marc Tanguy, animateur du blog Le Mamouth, indiquait il y a quelques jours dans un tweet publié sur son compte Twitter (@defense137) que «la France a d'immenses stocks de missiles Hot à tirer, et la Gazelle est sans aucun doute l'hélico le plus disponible».

Des exercices au nom curieux...

Du 02 au 10 Novembre 2015, dans l'Est de la France, l'Aviation Légère de l'Armée de Terre a participé à un important exercice appelé MURZUQ, nom d'une localité située... dans le Sud-Ouest de la Libye.

L'objectif principal de cet exercice vise à préparer et à entraîner les militaires qui y étaient engagés à un prochain déploiement dans le Sahel, dans le cadre de l'opération Barkhane, qui lutte contre les groupes terroristes de la région. De nombreux hélicoptères de l'ALAT étaient engagés, ainsi que 600 soldats au sol, des véhicules légers, des blindés, des drones, des unités d'artillerie, ainsi que l'Armée de l'Air avec deux Rafale et un E-3F Sentry AWACS.

Photo : (c) EMA - Un Puma de l'ALAT dans le Sahel
Photo : (c) EMA - Un Puma de l'ALAT dans le Sahel
  • La France au Sahel

Après avoir mené l'opération Serval au Mali afin de repousser l'avancée des groupes terroristes dans le Sud du Mali, la France a transformé son action dans la région dans une opération régionale, appelée Barkhane, qui regroupe l'ensemble des pays du G5 Sahel : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad.

Afin de lutter contre les poches de résistances des groupes jihadistes encore présents dans la région, les soldats de l'opération Barkhane mènent quotidiennement des missions ainsi que des opérations de plus grande ampleur. Récemment, c'est l'opération Vignemale qui a engagé des forces terrestres et aériennes avec pour objectif principal, selon le Ministère de la Défense, «d’épuiser les capacités de manœuvre des Groupes armés terroristes (GAT) au nord du Mali et du Niger».

Mais afin de pouvoir être présent dans une région qui est aussi grande que l'Europe, les forces armées françaises doivent avoir la capacité d'opérer depuis plusieurs bases militaires installées dans la bande sahélo-saharienne (BSS). C'est pour cela que Barkhane a développé et aménagé une Base Avancée Temporaire (BAT), avec une piste pouvant faire atterrir des avions de transport tactiques, à Madama, dans le Nord du Niger, et à seulement 95 kilomètres avec le sud de la Libye.

Sans pour autant rien affirmer ici, il y a de très grandes probabilités et de fortes chances pour que les forces armées françaises, et notamment les Forces Spéciales, ont déjà passé la frontière du Niger pour aller mener quelques raids dans le sud Libyen.

  • Un rapport parlementaire qui n'est pas favorable à une (nouvelle) intervention en Libye

Les députés socialistes Philippe Baumel et Jean Glavany ont, avec des confrères à eux, publié un rapport d'informations le 25 Novembre 2015 au sujet de la Libye, et écrivent notamment qu'une nouvelle intervention y serait «peu souhaitable».

Les élus affirment dans ce rapport qu'une intervention «serait non seulement rejetée par l’ensemble des libyens mais aurait aujourd’hui de graves effets déstabilisateurs». Ils ajoutent que «ce type d’opération – tout comme la levée de l’embargo sur les armes serait tout à fait contraire au double objectif poursuivi par la communauté internationale : lutter efficacement contre le terrorisme et contribuer au rétablissement de la stabilité en Libye».

Le site Zone Militaire a écrit un très bon article qui fait un résumé (à lire ici) de ce rapport de 150 pages. Il est cependant possible de lire l'intégralité du rapport d'informations, en cliquant ici (PDF).

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