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Defens'Aero

Deux députés dévoilent le quotidien de la Base Aérienne Projetée en Jordanie

Photo : (c) EMA / Armée de l'Air - Décollage d'un Mirage 2000D depuis sa BAP pour une mission nocturne.
Photo : (c) EMA / Armée de l'Air - Décollage d'un Mirage 2000D depuis sa BAP pour une mission nocturne.

Dans le courant de la fin de l'année 2014, le Ministère de la Défense et l'Armée de l'Air ont déployé en Jordanie, sur la base aérienne de Prince Hassan, six Mirage 2000D de la 3ème escadre de chasse de la base aérienne 133 de Nancy-Ochey. Depuis cette date, trois Mirage 2000D ont été remplacés par trois Mirage 2000N, et ce détachement aérien s'est développé et transformé en une Base Aérienne Projetée (BAP).

C'est donc dans ce cadre là que du 18 au 21 Septembre 2015, deux députés, Marie Récalde et Alain Marty, membres de la Commission de la défense nationale et des forces armées, se sont rendus en Jordanie «dans le cadre d’une mission sur les conséquences du rythme des opérations extérieures sur le maintien en condition opérationnelle (MCO)».

Lors d'une audition du nouveau Chef d'Etat-Major de l'Armée de l'Air, le général André Lanata, ces deux députés lui ont livré leurs ressentis à la suite de cette visite, afin notamment de pouvoir poser des questions relatives à la situation sur place.

Photo : (c) EMA / Armée de l'Air - Entretien d'un Mirage 2000D sur la base aérienne en Jordanie.
Photo : (c) EMA / Armée de l'Air - Entretien d'un Mirage 2000D sur la base aérienne en Jordanie.

A ce titre, on apprend notamment, et concernant l'activité aéronautique sur place que celle-ci est «permanente et soutenue», et que «deux patrouilles de deux avions sont effectuées six jours sur sept, le no fly day étant consacré au MCO». Cela engendre la réalisation de «vingt-quatre sorties par semaine», en plus d'avoir l'obligation «d'offrir pendant une semaine une capacité surge, qui suppose la mobilisation de deux avions supplémentaires, soit l’intégralité de la flotte présente».

L'opération Chammal comptabilise, à ce jour, plus de 1 100 opérations (terme utilisé par les députés), que ce soit depuis la Jordanie ou depuis la base aérienne 104 d'Al Dhafra, aux Emirats-Arabes-Unis. Sur l'ensemble de ces 1 100 opérations, environ 500 ont été effectuées depuis cette BAP, soit près de la moitié. On peut notamment y lire que «parmi les 350 objectifs détruits par les forces françaises, 300 l’ont été par les appareils de la base» aérienne en Jordanie.

Ce résultat s'explique surtout par la proximité de la base aérienne par rapport à la zone où se déroulent les différentes sorties aériennes, que ce soit dans le Nord de l'Irak ou en Syrie. Les Mirage 2000 disposent d'un trajet entre la base et la zone d'opération qui est plus court comparé à celui effectué par les Rafale. De ce fait, les 2000D et les 2000N disposent d'un «play time» sur zone plus important, des économies sont réalisées sur le carburant et sur le potentiel des cellules de ces bombardiers.

Mais ces résultats s'expliquent aussi par la bonne, (que dis-je !), l'excellente disponibilité de ces appareils, puisqu'elle est supérieure à 90 %, ce qui fait que «chaque avion réalise en moyenne 72 heures de vol par semaine – contre 21 heures sur le territoire national –, soit 4 300 heures de vol en dix mois». Le CEMAA explique à cet effet que «le taux de disponibilité est en effet de 90 %, car nos dispositifs en opération sont prioritaires, ce qui induit des difficultés de gestion en métropole».

Dans un des paragraphes de l'audition, on peut lire que les députés ont remarqué qu'il existe «des tensions sur les matériels, notamment les pods de désignation laser et les jumelles de vision nocturne». Malheureusement, ces «tensions» n'ont pas été définies, ni détaillés et expliquées en détail pour bien comprendre les problèmes qui sont rencontrés ici. Il semblerait qu'il s'agisse ici d'un problème au niveau de la quantité des nacelles et des JVN.

D'autant plus que ces équipements sont mis à rude épreuve face aux températures extrêmes et aux conditions météorologiques toutes aussi difficiles. Les deux observateurs avisés avouent que «la chaleur pose également des problèmes de gestion des matériels et des équipements, qu’il s’agisse du stockage ou du fonctionnement d’appareils sensibles aux températures extrêmes tels que les systèmes d’information et de communication. Le sable, qui infiltre les matériels, peut également compliquer leur maintenance. Quant aux tempêtes de sable, aussi violentes qu’imprévisibles, elles sont susceptibles de paralyser provisoirement l’activité de la base».

Mais si les conditions sur place mettent à rude épreuve les Mirage 2000D de la 3ème escadre ou les 2000N des Forces Aériennes Stratégiques (base aérienne 125 d'Istres), elles touchent aussi les aviateurs qui travaillent quotidiennement au bon déroulement de l'opération Chammal.

Photo : (c) EMA / Armée de l'Air - Un équipage de Mirage 2000D au retour d'une mission.
Photo : (c) EMA / Armée de l'Air - Un équipage de Mirage 2000D au retour d'une mission.

Concernant le côté humain, la BAP accueille «230 personnes, dont dix équipages et 68 mécaniciens, qui font voler les six appareils. Certaines spécialités transverses sont ainsi assurées par une seule personne».

Le nombre élevé de missions aériennes et les difficiles conditions climatiques dans la région compliquent fortement le travail des aviateurs déployés sur place.

Si l'on a beaucoup entendu parler des températures extrêmes rencontrées au nord-Mali et plus généralement dans l'ensemble de la bande sahélo-saharienne pour l'opération Barkhane, il n'en reste pas moins qu'en Jordanie, «les températures sous abri ont en effet pu atteindre près de 58 degrés au mois d’Août».

Les deux députés affirment que les aviateurs souffrent de la fatigue en raison du «contrat opérationnel exigeant couplé à des vols longs – cinq heures en moyenne – qui mobilise durablement les personnels navigants ainsi que les équipes au sol chargées de la maintenance et de la préparation des opérations».

Après des «efforts considérables», ces difficiles conditions de vie sont un peu améliorées grâces aux «infrastructures de vie qui sont désormais de bonne qualité et qui permettent de vivre sur la base de façon assez satisfaisante en dépit du contexte difficile».

La suractivité, que l'on retrouve dans l'ensemble de l'Armée de l'Air, mais aussi sur cette Base Aérienne Projetée, crée, selon le général André Lanata, «un déséquilibre entre les équipages qui sont en opération et ceux qui restent en métropole et qui volent moins. C’est notamment le cas des plus jeunes, qui ne sont pas encore suffisamment qualifiés pour partir sur des théâtres d’opérations exigeants comme celui de la Jordanie».

En ce qui concerne ce théâtre d'opérations, il est nécessaire de préciser que le risque d'éjection d'un équipage de Mirage 2000 (situation moins probable sur Rafale étant donné qu'il est biréacteur) est évidemment pris en compte par l'Armée de l'Air, d'autant plus après que l'Organisation Etat Islamique ait brûlé vif un pilote de chasse jordanien en Décembre 2014 après son éjection en territoire hostile.

Alain Marty indique que «compte tenu des théâtres d’engagement, il n’existe en effet aucune zone sûre en cas d’éjection des équipages. Or, les Mirage 2000 étant mono-réacteurs, la crainte d’une panne compromettant le vol est en permanence présente à l’esprit»

En réponse à ce sujet, le général avoue qu'il a «bien conscience de la situation tactique et des dangers inhérents au survol d’une zone hostile. C’est la raison pour laquelle nous accordons une attention particulière à la capacité de sauvetage en zone hostile, qui est aujourd’hui principalement assurée par les Américains sur les théâtres syrien et irakien. Nous sommes en effet parfaitement conscients des conséquences humaines et politiques de l’éventuelle capture d’un équipage».

Enfin, toujours à ce sujet, et en réponse à une question du député Yves Fromion, M. Lanata a précisé qu'au «Levant, sur le théâtre Chammal uniquement, ainsi qu’en Libye en 2011 et en Afghanistan, des tirs de missile ont été détectés par les systèmes d’armes des avions».

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