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Defens'Aero

L'Etat Islamique peut-il réellement exploiter des avions de chasse ?

L'Etat Islamique peut-il réellement exploiter des avions de chasse ?

Au cours de cet été, l'Etat Islamique a capturé deux bases aériennes syriennes, dont les base d'Al-Jarrah et de Tabqa, située, pour cette dernière, dans le Gouvernorat de Racca, après plusieurs jours de combats meurtriers pour les forces armées loyalistes à Bachar Al-Assad, ou les jihadistes de l'Etat Islamique.

Au terme de cette bataille, les jihadistes ont donc réussi à s'emparer de cette base aérienne, ainsi que du matériel militaire, et d'un petit nombre d'avions de chasse, datant pour la plupart de l'ère soviétique, qui n'avaient pas pu décoller lors du retrait des soldats syriens. Mais, et d'après les vidéos de propagande de l'Etat Islamique postées après la capture de cette base aérienne, les avions de chasse, que ce soit des Mig-21, Mig-23, ou encore L-39 n'étaient pas en état de vol...

Pourtant, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a déclaré, Vendredi 17 Octobre, que l'Etat Islamique avait réussi à faire voler trois avions de chasse. Ce dernier affirme en particulier que "L'EI dispose de trois avions, vraisemblablement de type Mig-21 et Mig-23, capables de voler" et que ces derniers auraient décollé, selon des témoins, depuis la base aérienne d'Al-Jarrah, dans la province d'Alep.

Afin de faire voler ces avions de chasse, toujours selon l'OSDH, "des officiers de l'ex-armée irakienne supervisent des sessions d'entraînement dans l'aéroport militaire d'Al-Jarrah", et les aéronefs voleraient à très basse altitude, afin d'échapper aux radars militaires des forces syriennes. Ces anciens pilotes de chasse, en majorité sunnite, qui faisaient parti des forces aériennes irakiennes sous Saddam Hussein, formeraient maintenant de nouveaux pilotes de chasse, issus de l'Etat Islamique.

Mais, concrètement, l'Etat Islamique est-il réellement capable de mettre en oeuvre des avions de chasse, et enfin, de les faire voler ? Car on ne s'improvise pas pilote de chasse et d'avions de combat du jour au lendemain...

Les Mig-21 et les Mig-23, récupérés ici par l'Etat Islamique, ne sont peut être pas en état de vol. En effet, avant que les bases aériennes syriennes soient totalement contrôlées par les jihadistes, les pilotes d'hélicoptères ou d'avions de chasse syriens avaient pris la fuite à bord de leur appareil. Les derniers qui sont restés sur place ne pouvaient tout simplement plus voler, que ce soit en raison de leur état (fatigue des cellules, carlingue usée par le temps et les combats), ou par le fait que le régime syrien ne disposait pas assez de pièces de rechange pour faire voler tous les aéronefs de combat.

Mais, imaginons que des anciens mécaniciens, connaissant bien ces types d'avions de chasse, aient réussi à les remettre en état de vol, il faut maintenant les mettre en marche, et les faire décoller. Et piloter un Mig-23, ou un Mig-21, ce n'est pas une mince chose à faire. En effet, ces aéronefs sont des anciens appareils, construits sous l'ère soviétique, et qui ont un pilotage particulier et difficile. En Inde, qui dispose d'une importante flotte de Mig-21, le nombre d'accident est relativement élevé en raison de la politique de son Etat-Major, qui, et selon certains médias locaux, continue à insérer de jeunes pilotes de chasse dans ces escadrons de Mig-21, un appareil relativement instable, et surtout en basse altitude.

Continuons d'imaginer que toutes ces étapes ont été franchies, et que l'Etat Islamique dispose de pilotes de chasse capables de piloter ces avions, quel en serait leur utilisation ? A première vue, on pourrait penser que ces aéronefs pourraient être utilisés afin de soutenir les troupes jihadistes au sol. Mais réaliser une mission air-sol ne s'improvise absolument pas, et il faut des centaines d'heures d'entraînement, que ce soit sur simulateur ou sur véritable avion de chasse, afin de maîtriser les bases de ce type d'opération. Il faut également l'armement adéquat, que ce soit des bombes air-sol non guidées, des pods lance-roquettes, ou des obus pour le canon interne. Lors de la capture de certaines bases, des photos avaient été publiées par des comptes Twitter pro-EI où l'on pouvait y voir des missiles air-air, qui ressemblaient fortement à des AIM-9 Sidewinder.

Une deuxième option s'offre à ces pilotes, les utiliser comme une "bombe volante". Décoller depuis une base aérienne, et se lancer à pleine puissante sur une position choisie. Là encore, il faut être capable de faire écraser un avion sur une cible précise, avec une post-combustion enclenchée. La précision et la qualité du pilotage doit être irréprochable.

Enfin, des dizaines et dizaines d'appareils de la coalition internationale (F-15, F-16, F-22, Rafale, Tornado, F/A-18 Super Hornet, ...) patrouillent quotidiennement au-dessus de l'Irak et de la Syrie. Un Mig-21 ou un Mig-23 ne fait pas le poids face à un aéronef de la coalition, quand on connait l'équipement emporté dans ces avions (radars performants, couplés à des missiles air-air infrarouges ou électromagnétiques, capables de verrouiller un hostile à plusieurs kilomètres de distance).

De plus, les Etats-Unis, par la voie du porte-paroles de l'US Central Command, qui gère une zone qui s'étale du Moyen-Orient (à partir de l'Egypte), jusqu'à l'Asie Centrale (Kazakhstan), ont indiqué que "nous ignorons si [l'Etat Islamique] procède à des opérations en vol en Syrie ou ailleurs", et de toute manière, "nous continuons à surveiller attentivement [ses] activités en Syrie et en Irak et à effectuer des raids contre son matériel, ses installations, ses combattants et ses centres de gravité, où qu'ils se trouvent"

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